mardi 12 mars 2013

Mort de Kenny Ball


Mort de Kenny Ball, trompettiste britannique

Le Monde.fr | 
Abonnez-vous
à partir de 1 €
 Réagir Classer Imprimer Envoyer
Partager   google + linkedin

Né à Dagenham le 22 mai 1930, le trompettiste Kenny Ball est mort à Basildon, ville nouvelle de l'Essex (Angleterre), grosse de 166 310 habitants. Bien que les Depeche Mode soient tous originaires de Basildon, le style de Kenny Ball ne les aura pas trop influencés. Ou alors, très subliminalement. Kenny Ball, brillant technicien à la vigueur surprenante, moustache Errol Flynn, beau gosse dans ses années de gloire, a cultivé, non sans éclat, le style très imaginaire dit "New Orleans" ou plus communément niou-niou : soit une certaine idée folklo de la musique louisianaise traduite avec plus ou moins de bonheur dans divers idiomes européens. Avec plus ou moins de bonheur, mais avec toujours une ferveur extraordinaire.

TUBES INTERNATIONAUX
La réputation de Kenny Ball, fondée sur des tubes internationaux comme sonMidnight in Moscow, a réussi à atteindre les oreilles d'un autre trompettiste qui ne les avait pas dans la poche, Louis Armstrong en personne. En 1968, Kenny Ball accompagne Louis Armstrong lors d'une tournée que nous appellerons "l'autre Mai-68".
Avec son protectionnisme et ses "syndicats" de musiciens, le jazz britannique s'est condamné à un développement endogamique d'où émergent quelques saillies : les tournées américaines (étroitement balisées, quotas sévères), leRonnie Scott Club (institution mondiale), une scène brillante au début des années 1960 (Dave Holland, John McLaughlin, tous serviteurs des yés-yés français qui traversaient le Channel pour ce son), et l'émergence d'un free libertaire très inventif (d'Evan Parker à Paul Rutherford en passant par John Surman).
Tout ça pour dire que la vie de Kenny Ball raconte jusques aux sommets (Satchmo) l'ascension d'un petit gars d'une famille de neuf gosses, harmoniciste de rue, fondu de rengaines "cockney", qui choisit le bugle chez les scouts avant depasser à la trompette. La suite est prévisible : la marine, les orchestres locaux, l'ascenseur social des sections de trompettes d'hôtel, et l'apothéose de son groupe, The Jazzmen. Niou-niou dixieland très populaire.
RÉCEPTION DE MARIAGE ROYAL
Il serait à cet égard injuste de ne pas mentionner la disparition du clarinettiste Maxim Saury (15 novembre 2012), chantre populaire du même style en France, ou les disparitions – entre octobre 2012 et mars 2013 – de Jacky Samson (bassiste, 3 octobre), John Tchicai (saxophoniste, le 8), Jean-François Canape (trompettiste, le 17), Terry Callier (chanteur, le 28), Jack Diéval (pianiste, le 31), Ted Curson (trompettiste, le 4 novembre), Pete La Roca (batteur, le 19), Fontella Bass (vocaliste, le 26), George Gruntz (leader, compositeur, pianiste suisse, le 10 janvier), Donald Byrd (trompettiste, le 4 février) ou Jacques Bisceglia(photographe, le 1er mars). Tous largement aussi notables que Kenny Ball.
Sur la toile, ce ne sont ni les singularités insulaires des Iles britanniques, ni le duo de pavillons avec Satchmo, encore moins les clairs de lune à Moscou, qui font le buzz. C'est le fait historique, dément, sciant : Kenny Ball, tous les sites commencent par là, avait joué à la réception de mariage du prince Charles et Diana. Non ! On n'en revient pas. Question "jazz" Kenny Ball restera, sans que cela puisse le moins du monde lui être reproché, comme un des bons "musiciens-de-jazz-pour-gens-qui-n'aiment-pas-le-jazz". Art plus difficile qu'on ne croit.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire